Depuis le pinard patriotique de la Grande Guerre de 14-18, la France est en état chronique de surproduction vinique. Malgré les campagnes récurrentes d'arrachage et de réduction des emblavures, les inexorables progrès de la productivité repoussent sans cesse les limites du possible. Une des réponses fut l'institution des appellations contrôlées, née de la crise de 1929, à l'instigation des vignerons de la Côte d'Or, qui n'avaient pas su ou pû, à l'instar du bordelais, créer des marques juridiquement protégées. Le malheur, si l'on peut dire, c'est que cela grava dans l'esprit du public l'équation : Bourgogne = AOC = vins de qualité, ce qui ne veut rien dire, puisque l'immense majorité des AOC ne présente aucune vertu particulière, surtout vendue entre 3 et 4 euros en grande surface.
A ce prix, on ne demande guère plus que du soleil en bouteille, et il faut dire que sur ce point, la France ne peut rivaliser avec l'Espagne, la Hongrie, l'Argentine ou le Chili, et que le combat du vin moyen, à petit prix, avec ou sans appellation, est perdu d'avance, sauf à subventionner les exportations (refrain connu...).
Et pourtant, notre pays produit tout un tas d'excellents vins, mais qui ne se vendent pas, car ils n'ont aucune notoriété internationale.
Résumons : nous avons d'un côté des noms prestigieux, recouvrant la plupart du temps des jus plus que médiocres, de l'autre, de bons vins sans étiquette. Vous êtes ministre de l'agriculture... vous avez la solution ?
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| Dans le temps, les petits vins de terroir avaient leur appellation à eux, les VDQS. Ne pouvant être en reste, ils ont quasiment tous obtenu leur promotion en AOC, difficile à leur refuser pour des raisons électorales, ce qui leur a permis de vendre le même vin un ou deux euros de plus la bouteille, au prix, il est vrai, d'une chaptalisation supplémentaire de un degré.
En soi, ce laxisme portait en germe la ruine du système, tant il est vrai qu'un coteau du Vendômois, aussi bon soit-il, n'aura jamais la même classe qu'un Chambertin de facture comparable.
D'où l'idée subtile de créer des super appellations, pour les AOC qui voudraient y adhérer, ou les vignerons volontaires, qui auraient des critères de qualité beaucoup plus draconiens. Tout le monde sera content, et l'INAO qui pourra recruter des légions de contrôleurs, et les mauvais qui pourront faire encore plus mauvais dans les cadre des AOC de base, et les meilleurs qui pourront se démarquer, collectivement ou individuellement.
Mais au fait : qui est capable de comprendre quoi que ce soit au système byzantin des AOC françaises, à part un allemand, qui lui, a une hiérarchie de ses vins encore plus compliquée, ce qui fait qu'il est le seul à pouvoir acheter ses grands rieslings.
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| La macération préfermentaire, qui consiste à mettre au frigo les grappes avant fermentation, procédé emprunté au beaujolais, et qui a pour effet d'extraire de la couleur, et de fixer des arômes fruités, est à la mode. C'est naturel, c'est bio, et ça a l'avantage de mobiliser un caisson frigorifique et de bouffer des calories. J'en ai même vu en action en 2001, lors de vendanges où il faisait à peine 10° celsius.
Un bordelais fort sympathique m'a amené il y a peu une demi-bouteille (oui, une demi, pas une entière) de son vin, petits rendements, taille courte, vendange manuelles, et macération prefermentaire de quinze jours. Résultat, un vin au fruit incertain, à la finale à la fois molle et rugueuse, pas imbuvable, mais pas buvable non plus. Je lui ai expliqué que les cabernets sont des cépages un peu raides et prudes, peu expansifs dans leur jeunesse, que ce type de vinification ne marche que sur le gamay ou le pinot, et sans exagérer. Rien n'y fit, tant il pensait avoir trouvé la formule magique. On trouve de plus en plus ce type de vin dans le midi, ce qui donne des vins asez flatteurs et fruités au départ, mais avec des finales bizarrement sèches et abrasives, alors qu'ils s'agit de vinifications très techniques. Bon, le premier enthousiasme passé, ça se tassera. Je me souviens de mon premier mixer : pendant six mois, j'ai tout passé au mixer, et ma famille a du bouffer des mousses et des coulis en veux tu, en voilà.
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